- La matrice de Kraljic segmente les achats selon leur impact sur le profit et leur risque d’approvisionnement.
- Les achats non critiques se simplifient, les achats leviers se négocient, et les achats stratégiques se sécurisent.
- Les achats goulots d’étranglement exigent d’abord des substituts, des sources alternatives et un suivi renforcé.
- Un scoring simple de 1 à 5 aide à positionner chaque famille d’achats de façon cohérente et partageable.
- La matrice doit être mise à jour régulièrement, car un marché fournisseur peut faire changer un achat de quadrant.
La matrice de Kraljic aide à y voir clair lorsque les achats deviennent trop dispersés. Plutôt que de traiter tous les fournisseurs avec la même intensité, on évalue ce qui pèse sur le profit et ce qui expose l’entreprise à un risque d’approvisionnement. C’est souvent à cet endroit que se trouvent les premières économies utiles, mais aussi les premières fragilités. Vous vous demandez par où commencer ? Concentrez-vous sur les familles d’achats qui coûtent cher, peuvent bloquer la production ou vous rendent dépendant d’un seul fournisseur.
Qu’est-ce que la matrice de Kraljic et à quoi sert-elle ?
La logique du modèle de Kraljic est simple, même si sa mise en pratique demande un peu de méthode. Il s’agit de segmenter le portefeuille d’achats selon deux axes, puis d’adapter la stratégie à chaque catégorie.

Une cartographie pour prioriser vos achats
La matrice de Kraljic, proposée par Peter Kraljic, est un outil de segmentation des achats. Elle croise l’importance économique d’un achat avec le niveau de risque lié au marché des fournisseurs.
Concrètement, on ne pilote pas de la même façon des fournitures de bureau, une matière première rare ou un composant dont dépend la production. Si vous avez déjà connu un fournisseur capable de retarder tout un planning, vous voyez immédiatement l’intérêt de cette approche.
Le cœur du sujet tient en une phrase : une cartographie des achats aide à décider où consacrer du temps. Les efforts de recherche de fournisseurs, de négociation et de sécurisation sont ainsi réservés aux lignes qui comptent vraiment.
Pourquoi une photographie ne suffit jamais
Le modèle de Kraljic reste une photographie. Or un marché fournisseurs évolue rapidement, parfois plus vite qu’un comité achats ne se réunit. Une hausse de prix, une concentration du marché ou une rupture logistique peut faire passer une famille d’achats d’un quadrant à l’autre.
L’analyse du portefeuille ne doit donc pas être un exercice annuel que l’on range ensuite dans un dossier. C’est un outil vivant, à actualiser dès que la dépendance évolue ou que la qualité d’un fournisseur se dégrade.
La bonne question est simple : qu’est-ce qui bloque vraiment ? Le prix, la disponibilité, le nombre de fournisseurs ou la complexité du marché ? Selon la réponse, la stratégie achats peut changer du tout au tout.
Les 4 quadrants et la stratégie achats adaptée
Chaque positionnement dans la matrice appelle un niveau de suivi différent. Le piège consiste à accorder la même attention à tous les achats, alors que certains demandent seulement de la discipline et d’autres une véritable gestion des risques.
Achats non critiques et achats leviers
Les achats non critiques ont un impact faible et présentent un risque limité. Il s’agit souvent de consommables courants, faciles à remplacer, avec plusieurs fournisseurs disponibles et peu d’effet sur le profit.
Ici, la priorité est l’efficacité administrative. On cherche à simplifier, standardiser et automatiser les processus, plutôt qu’à consacrer trop de temps à la négociation des prix.
Les achats leviers ont, eux, un fort impact financier, tandis que le marché reste relativement concurrentiel. La mise en concurrence fonctionne bien, car le volume d’achat vous donne un réel pouvoir de négociation.
Achats goulots d’étranglement et achats stratégiques
Les achats goulots d’étranglement ont une valeur relative faible, mais un risque élevé. Le produit est peut-être peu coûteux, mais son absence suffit à gripper le processus. C’est souvent là que l’on découvre les dépendances invisibles.
La réponse ne consiste pas toujours à faire pression sur les prix. Il faut d’abord sécuriser l’approvisionnement, rechercher des substituts, doubler les sources lorsque c’est possible et surveiller de près la disponibilité.
Les achats stratégiques cumulent un fort impact et un risque élevé. Ils concernent des produits déterminants pour l’activité et peuvent créer une dépendance forte à l’égard d’un fournisseur. Le partenariat, la co-construction et la sécurisation des approvisionnements prennent alors le dessus sur la simple réduction des coûts.
| Quadrant | Profil | Logique de pilotage | Action prioritaire |
|---|---|---|---|
| Achats non critiques | Impact faible, risque faible | Standardiser | Simplifier et automatiser |
| Achats leviers | Impact fort, risque faible | Tirer parti du volume | Mettre les fournisseurs en concurrence |
| Achats goulots d’étranglement | Impact faible, risque fort | Sécuriser | Trouver un substitut |
| Achats stratégiques | Impact fort, risque fort | Protéger la performance | Construire un partenariat et un plan de continuité |
Le tableau donne la structure, mais la décision reste liée au métier. Un achat peut être coûteux sans être critique, ou critique sans peser lourd dans la dépense annuelle.
Pour les achats stratégiques ou à risque, la relation fournisseur ne se limite pas à négocier un prix : des accords-cadres bien structurés sécurisent les volumes, les délais et les clauses de révision.
Construire votre matrice de Kraljic en 5 étapes, avec scoring et exemple
L’essentiel n’est pas de dessiner un carré. Il s’agit de transformer une liste d’achats en plan d’action achats, avec des critères clairs et un score compris par tous.
Définir les familles d’achats et les critères
Commencez par regrouper les dépenses par famille ou par catégorie d’achats. Inutile de partir sur des centaines de lignes. Les familles qui concentrent le volume, les risques ou les incidents suffisent souvent à faire apparaître les priorités.
Choisissez ensuite vos critères d’évaluation. Pour l’axe horizontal, mesurez l’impact sur le profit, le volume d’achat ou la dépense annuelle. Pour l’axe vertical, observez le risque fournisseur, la substituabilité, le nombre de fournisseurs, les barrières à l’entrée et la complexité du marché.
Restez pragmatique. Une grille de notation de 1 à 5 suffit largement dans beaucoup de petites et moyennes entreprises : 1 correspond à un niveau faible et 5 à un niveau élevé.
Calculer le score et positionner les achats
Vous pouvez construire un modèle simple dans un tableur, avec deux moyennes pondérées. Pour l’impact, additionnez les scores obtenus pour chaque critère en tenant compte de leur pondération, puis divisez le résultat par la somme des poids. Appliquez la même logique au risque.
| Critère | Pondération | Note de 1 à 5 |
|---|---|---|
| Dépense annuelle | 30 % | 1 à 5 |
| Impact sur le profit | 30 % | 1 à 5 |
| Criticité | 20 % | 1 à 5 |
| Facilité de substitution | 20 % | 1 à 5 |
Pour positionner les achats, fixez deux seuils simples. En dessous de 3, vous êtes plutôt dans la partie basse de la matrice ; au-dessus, vous augmentez le niveau de vigilance. L’objectif n’est pas d’obtenir une précision mathématique parfaite, mais une classification cohérente et partageable.
Exemple de cartographie achats en pratique
Imaginons quatre familles d’achats dans une petite ou moyenne entreprise industrielle. Les montants ci-dessous sont des exemples destinés à illustrer la méthode, et non des données officielles.
| Famille d’achats | Dépense annuelle | Score d’impact | Score de risque | Quadrant | Décision |
|---|---|---|---|---|---|
| Fournitures de bureau | Faible | 1 | 1 | Non critique | Standardiser |
| Emballages | Moyenne | 4 | 2 | Levier | Mettre en concurrence |
| Résine spécifique | Moyenne | 2 | 5 | Goulot d’étranglement | Sécuriser l’approvisionnement |
| Composant clé | Élevée | 5 | 5 | Stratégique | Construire un partenariat fournisseur |
Ce type de tableau fait rapidement ressortir la stratégie de négociation. Pour les emballages, la mise en concurrence reste pertinente. Pour la résine spécifique, le sujet n’est pas d’abord le prix, mais la continuité d’approvisionnement.
Pour un composant clé, le dialogue change de nature. Il porte sur la disponibilité, la qualité fournisseur, les plans de secours et parfois même la co-conception. Dans ce cas, le coût total de possession est souvent plus pertinent que le prix affiché.
Faire de votre cartographie un outil de décision, pas un tableau de plus
Une matrice de Kraljic n’a de valeur que si elle déclenche des arbitrages. Sinon, elle devient une belle présentation qui rassure tout le monde, mais ne change rien dès le lendemain.
Passer du diagnostic au plan d’action
Le bon usage consiste à décider où automatiser, où négocier, où sécuriser et où construire une relation fournisseur. Pour les achats non critiques, on simplifie les processus. Pour les achats leviers, on travaille la réduction des coûts et la mise en concurrence.
Pour les achats goulots d’étranglement, on documente les solutions de remplacement, les stocks de sécurité et les plans de continuité. Pour les achats stratégiques, on suit les indicateurs de performance des fournisseurs, la dépendance, la qualité et leur capacité à maintenir le niveau de service.
La responsabilité sociale et environnementale dans les achats peut également entrer dans l’équation, notamment lorsqu’elle modifie le choix des fournisseurs ou la résilience du portefeuille. Elle ne doit pas être traitée à part de la réalité opérationnelle : elle s’intègre directement à la décision.
Commencer petit, mais commencer juste
Inutile de cartographier tout le catalogue en une seule fois. Commencez par les familles qui concentrent la dépense, les risques ou les incidents. Vous verrez rapidement où se trouvent les véritables leviers, et où quelques règles simples suffisent.
Suivez ensuite deux éléments : les économies réellement obtenues et les risques évités. C’est plus parlant qu’une matrice décorative. Une fois ce cadre en place, la gestion des fournisseurs devient beaucoup plus lisible, presque comme une liste de contrôle bien tenue.
En trois indicateurs bien choisis, vous pouvez voir en une semaine si votre croissance vous enrichit ou vous épuise. Si votre coût d’acquisition client est de 120 € et que votre marge brute par client atteint 60 €, il vous faut au moins deux ventes pour couvrir votre investissement initial ; sinon, chaque nouveau client creuse votre trésorerie. Une fois la rentabilité cadrée, la question suivante devient presque évidente : où le temps se perd-il dans votre cycle de vente ?